RIKIZO FUKAO           Né en 1946 dans la préfecture de Gunma au Japon, il passe son enfance et son adolescence à Tokyo. Il commence à peindre à l'âge de 24 ans et se rend à Paris en 1971. En 1973, il s'établit à Genève. Au début de son séjour en Europe, il travaille comme chef programmeur à l'OIT. Dans le même temps, il obtient du ministère de la Culture un local à Paris et construit son propre atelier au bord du lac Léman, en Haute-Savoie (1979). En 1981, il démissionne de l'OIT pour se consacrer entièrement à la peinture. En 1993,  il s'installe à Auvers-sur-Oise. En 1999, après 25 ans d'activités artistiques en Europe, il expose pour la première fois au Japon. En 2012, il ouvre son atelier à Paris et Kyoto.


EXPOSITIONS PERSONNELLES

      

1975       Musée d’Annecy Annecy France

               Galerie Dédale Genève Suisse

               Galerie Henri Meyer Lausanne Suisse

               Galerie Kohok Saint-Etienne France

               Galerie Voltaire Ferney-Voltaire France

1976       Galerie W Annemasse France

               Galerie 32 Lyon France

1977       Galerie CAC Nernier France

1979       Galerie Aujourd’hui Genève Suisse

1982       Galerie 32 Lyon France

1983       Hall de L’île organisé par la Ville de Genève Suisse

1984       Galerie Galise Petersen Thonon France

1986       FIAC, Grand Palais Paris,  avec Sculpture Lovato

               Galerie Numaga Auvernier Suisse

               Galerie Galise Petersen Thonon France

1987       Galerie Birch Copenhague Danemark

1988       Galerie Galise Petersen Thonon les Bains

               Galerie Bernard Letu Genève Suisse,  avec Kenji Yoshida

1989       Galerie C Arhus Danemark

               Galerie Sorco Nuremberg Allemagne

               Galerie J de V Malmö Suède

               FIAC, Grand Palais Paris,  avec Sculpture Robert Jacobsen

1990       Galerie J de V Göteborg Suède

               Galerie Boulv’Art Genève Suisse

1991       Galerie Ynguanzo Madrid Espagne

               Espace Swiss Air Genève Suisse

1992       Galerie SCAG Copenhague Danemark

               Galerie Galise Petersen Thonon

1998       Galerie Dialogue Paris France

1999       ABC Gallery Osaka Japon

               Galerie Agapé-Art Kobe Japon

2000       Galerie Simoncini Luxembourg

2001       Galerie Taménaga Osaka Japon

               Galerie Miyabi Nagoya Japon

2002       Galerie Taménaga Paris France

               Galerie Tamenaga Osaka Japon

               Château d’Auvers    Festival d’Auvers-sur-Oise France            

               Le Trait d’Union  organisé par la Ville de Neufchâteau France

2004       Galerie Tamenaga Tokyo Japon

               Kajima-KI bldg.  Tokyo

2005       Galerie Tamenaga Osaka Japon

               Tenmaya Okayama Japon

               Tenmaya Hiroshima Japon

               Tenmaya Takamatsu Japon

2006       Tenmaya Fukuyama Japon

2007       Galerie Simoncini Luxembourg

               Galerie Tamenaga Paris France

               Château Royal de Blois  organisé par la Ville de Blois France

2008       Galerie Nielsen Kolding Danemark

2009       Kodaiji Temple Kyoto,Japon

               Sanjyo-Gion Gallery  Kyoto

2010       Galerie Simoncini Luxembourg avec Sculpture Osamu Nakajima

               Mitsukoshi Sendai Japon

2011       Galerie Jouan-Gondouin St Germain en Laye France

               Galerie Minou Osaka Japon

2012       Palais Benedictine Fecamp France

2014       Galerie Simoncini Luxembourg

2016       Galerie Elena Shchukina Londres

 

Lawrence Smith, Conservateur émérite des antiquités japonaises, British Muséum, Londres. 

Si je me réjouis de voir le Kodaiji exposer des peintures de Rikizo dans le cadre célèbre de ses salles riches d'histoire, c'est pour trois raisons. D'abord, Rikizo est un artiste important que j'admire depuis longtemps. Ensuite, je crois que ses œuvres conviennent parfaitement au contexte bouddhiste traditionnel dans lequel elles vont être exposées. Enfin, cette exposition marquera la convergence de forces culturelles japonaises et internationales en un moment d'une portée historique exceptionnelle.

Cela fait maintenant un certain nombre d'années que je suis la carrière artistique de Rikizo et écris à son sujet. Depuis toujours, j'admire l'équilibre physique de ses peintures, un équilibre qui semble gagner en assurance à mesure que les formats grandissent. Par "équilibre", j'entends cette impression de relation inévitable qui paraît exister, à l'intérieur de chaque œuvre, entre les formes apparaissant sur la toile. Certes, d'une certaine façon, tel est le cas dans toute œuvre d'art réussie, mais, d'un point de vue plus japonais, je pense que, chez Rikizo, l'équilibre s'apparente étroitement à celui de la calligraphie de l'Asie orientale. En vérité, l'une des premières choses que j'aie remarquées dans son travail, c'est à quel point les formes allongées récurrentes - souvent en noir - me rappellent subtilement les traits des idéogrammes, changeant souvent brutalement de direction, comme c'est fréquemment le cas dans le style kaisho. De fait, ses grands panneaux donnent souvent l'impression d'explorer un idéogramme perçu à travers un rêve. C'est là l'un des éléments qui font que son travail s'insère si harmonieusement dans l'environnement intensément japonais du Kodaiji.

On pourrait objecter que, par essence, l'idéogramme est noir sur blanc, tandis que les peintures de Rikizo ont surtout été rouge sur noir, bleu ou vert sur noir, ou, plus récemment, rouge sur rouge. Mais ce serait ignorer une perspective plus large, à savoir que, dans tous les cas, il s'agit de tensions entre des contraires - obscurité/lumière; existence/vide - qui reflètent les préoccupations de toutes les grandes religions et philosophies. Dans son travail, Rikizo explore ces profondeurs, comme le font, chacun à sa façon, tous les artistes sérieux. Je ne suis donc pas surpris que ses peintures aient été jugées appropriées pour un grand temple bouddhiste. Par ailleurs, les visiteurs de l'exposition constateront qu'aucune des surfaces rouges ou blanches de ses toiles n'est plate. Comme dans les fonds à la feuille d'or des panneaux coulissants opaques (fusuma) et des paravents (byobu), leur texture est complexe et variée, reprenant divers aspects de la lumière qui change tandis que le jour avance. C'est là une représentation de l'impermanence qui est au cœur de la pensée bouddhiste et que traduit particulièrement la notion japonaise de aware. On remarquera aussi que toutes les oeuvres de Rikizo sont à la fois statiques et en mouvement. Elles entraînent toujours l'œil au-delà des limites physiques de la toile tridimensionnelle pour l'amener à s'interroger sur ce qui s'est passé avant et ce qui se passera après. De fait, certaines s'aventurent même en dehors de la toile, comme pour défier leur propre réalité physique, ce qui procède à la fois de l'impermanence et de l'immédiateté de ce que nous éprouvons; cela aussi est au cœur de tout art sérieux.

Si j'ai, jusqu'ici, évoqué l'art d'un artiste donné, il est, dans cette exposition, autre chose d'unique qu'en tant qu'historien de l'art je crois être d'une importance majeure. Ce n'est pas le fait que des peintures purement abstraites ont été choisies pour un temple bouddhiste, car cela s'est déjà produit par le passé, même si cela n'a pas été très fréquent. Non, ce qui est remarquable, c'est plutôt - aussi extraordinaire que cela puisse paraître alors que des artistes japonais peignent à l'huile dans le style occidental avec vigueur et talent depuis 150 ans - que des œuvres réalisées sur toile suivant cette technique sont, pour la première fois, utilisées dans un édifice religieux traditionnel tel que le Kodaiji. Jusqu'ici, seuls le papier ou la soie étaient employés. Pour cette exposition, Rikizo n'a ménagé aucun effort en vue de produire des œuvres qui puissent être adaptées comme fusuma-e (peintures sur panneaux coulissants opaques) ou kakejiku (rouleaux de calligraphie à suspendre), voire comme petits paravents (byobu-e). Pour y parvenir, il aura fallu, non seulement à Rikizo, mais encore au hyogu-shi (spécialiste du montage, de l'entretien et de la réparation de ces articles) et, bien évidemment, aux responsables du temple eux-mêmes, déployer des trésors d'imagination et d'ingéniosité.

Nous sommes en train d'assister à la rencontre historique de deux grandes traditions artistiques. Il fallait de l'audace pour en prendre l'initiative, mais le résultat sera beau et mémorable, et je prédis que l'on se souviendra de ce moment, non seulement comme d'une expérience innovatrice et courageuse, mais encore, et surtout, comme de la naissance d'une nouvelle école pleine de promesses dans l'art japonais.